Les Bras Vers le Ciel - 4/11/08

 

Les vieux couples lèvent alors les bras vers le ciel, lèvent la voix et se plaignent: ils ont tout perdu, les papillons ont eûs leurs maisons, leurs meubles, leurs vies. Cà arrive souvent, du moins moi je l'ai beaucoup vu. Des gens sont affolés abbattus abrutis par leur sort, et c'est bien là ou je les plains. Je n'ai pas d'enfants, n'en veux pas et n'en ai jamais cotoyé de mon vécu pensé. Mais je les ai vu pourtant, tous, comme on l'a tous fait. Je les ai vu pleurer s'énerver taper contre le sort qui a brisé leur rêve, détruit leur temps récent: la maman qui a rangé un jouet. On se permet d'en rire, de se moquer. Mais on en a jamais peser les tenants, tant nous ne l'avons pas compris, ou tant nous n'avons jamais voulu le comprendre. Une chose lui manque, lorsqu'il s'emporte après avoir perdu son bateau en lego bidon pour nous, ou invincible vaisseau pirate pour lui; une chose l'empêche de relativiser avec le réel qui l'entoure l'encercle l'emmerde pour alors pouvoir se trouver heureux de vivre au chaud, d'être elevé en Europe et de garder son prépus. La chose est Recul. C'est le nom qui lui est donné. Ce n'est pas tout à fait la même chose; car si l'enfant est dépourvu du recul auquel il ne peut faire appel à de nombreuses reprises, c'est parce qu'il est vide con inculte et en tout point associable, non civilisé. Ce petit être de chair ne peut pas encore douter des risques du feu, l'on ne s'attend pas à le voir concevoir quelque "chose" que ce soit. L'enfant est bête, ce qui ne lui excuse pas tout mais explique son attitude. La vieille provençale se plaint de deux metres d'eau dans son salon. Mais la vieille pute provençale a soixante belles années d'exploitation féminine derrière elle; elle ne vit qu'à travers les battements ignorants des petits enfants qu'elle a déjà tués tant elle les gâte de conneries régionales françaises, et elle en a trois. En fin de compte la vieille qui se plaint à la caméra puisqu'elle ne le puît en tants d'années depuis qu'elle est veuve, a autant de recul-pensé, de relativisme de reflexion que l'enfant de six ans à qui on prépare mal un dessert. Cà parait facile, et en un sens çà l'est de concevoir que son sort est bénéfique à partir du moment ou l'on a conscience d'un autre bien plus terrifiant plus douloureux: "les vieux couples lèvent alors les bras vers le ciel car ils ont tout perdu"; la femme voilée porte en pleurant le Nil le corps de sa fille inerte et froide qui ne savait même pas qu'elle avait un jour occuppé une terre. Il y a pire, alors ce n'est rien? C'est si simple? Négatif. Au cas par cas, et la plupart du temps: "il y a pire, et tu n'as rien". Alors cesse d'ouvrir la bouche parce que tu t'ennuies et cherche dans ton écran les images des hommes qui n'ont pas eu le temps ni l'air de pleurer de douleur, de demander pardon pour le péché qui a été commis par leurs bourreaus tant ils avaient foi en l'humanité et en la croyance qui en est l'objet abjecte. Il n'y a pas de prémice: "Tu n'as rien".Tu n'as rien, il n'y a rien tu n'es pas à plaindre et si tu ne l'accepte pas nous te l'imposerons, comme nous nous imposons - Penser - de plaindre Mozart, de plaindre Chopin, de pleurer ceux-là. Pleure, gémis tape, tu n'es pas à signaler, tu n'es pas à plaindre tu es juste déçu de te retrouver là ou tu ignorais les autres, et qui représente pour toi malgrés toi non par ta faute, la seule mort que tu peux comprendre. Tous les gens, tous les pauvres tous les hommes qui ont vécu et qui ne sont plus, aujourd'hui autres ailleurs que dans des tombes quelques os nus durs mais crus qui attendent, fièrement, la promotion du prochain parking; tous ces gens ont été, moins que toi et eux tu ne les entendras pas car ceux, qui ont pris tout celà se plaindre ils ne le pouvaient pas. Souviens-t'en, tu as, la chance, le pouvoir de te débattre, de croire en la lentille, la seule à travers laquelle tu es, réellement tu existes car ton image existe et se marque sur le temps qui pourra poser une forme sur les lettres qui te sont... S'ils avaient pu, ils se seraient débattus. Le temps s'écoule les années passent il fait plus chaud et les étoiles approchent, mais la pantère ne change pas. Et puis, profondément, quoi de mieux que se palindre pour se sembler exister, alors qu'on ne fait que vivre.

Nicolas LaCARrA