"on peut tout dire si c'est dit avec talent". Qu'est-ce que c'est que cette saloperie? Le ciel est d'un doux jaunâtre lorsque j'urine, parfois. Le fait que je le dise, avec talent ou sans, ne le rend pas plus vrai qu'il n'est en soi absurde. Ce qu'il faut noter, chers juges inattentifs de la liberté de parole - dite d'expression - ce n'est pas le tact mais la démarche. On voit alors nombres de connus tolérer les travaux d'auteurs au nom de leur humour, ou de leurs gôuts quels qu'ils soient. Et au-delà de l'absurde inhérent à cette tâche, on remarque également la machine volontaire - le degrès dépend - appliquée par ces pantères, hautes de grade et basses en tout autre, qui jugeant de la forme de ces dires, ceux ici en question, arrivent à en faire occulter le sens, soit l'honnêteté de ses traits, puisant leur source dans cette juste démarche. "Tout dire avec talent". J'affirme - en représentation, d'époque - que le Duc de mes terres est idiot, menteur et voleur, qu'il est en tous points bien définis, un tas de merde, ne valant en somme pas plus que la plus ridicule de mes crottes. Je le fais avec tact, par la parole d'un autre pourtant en moi - je suis là pour çà - portant à ses lèvres le plus odieux des sourires; et ce, je le fais face à ma victime, siègeant à-même sa cour. Quel que soit le niveau d'honnêteté que j'accorde à mes mots, et dont je suis seul conscient, sieur pantère, obligé de faire grâce de mon style car de mon contrat - soyons clairs - sera-t'il plus sincèrement ignorant du sens de ma prestation que le parterre de gens tout aussi imbéciles que lui, et qui ont eux pourtant accédé à ma démarche sans réserve? Cette personne voleuse - ainsi que toute sa clique d'enculés - sera-t'elle véritablement plus préoccuppée par ma forme que par cette violente et intéressée aggression dont je viens de me faire l'auteur? Je lui aurais, en effet, "tout dit, mais avec talent"...
Le talent de l'auteur est bien d'exprimer dans un langage commun - en celà compréhensible par ses autres - les égards violents et peu perceptibles dont il souffre en silence; et si l'on se permet d'en ignorer le fait, c'est bien parce qu'on ne le prend pas au sérieux. ni lui ni toute sa clique d'enculés, pour moi inassumés.