Eloge de la Nuance. Car sans elle nous ne serions pas. Nous sommes les grands, les hauts hommes, les morts. Nous le sommes mais nous nous sommes. Avec elle nous serons ceux qui pensent, qui meurrent qui puent qui balancent aux gais visages d'anges des autres la réalité de leur inexistance. Car ils ne sont pas, ne seront jamais. Elle nous sauve, c'est vrai, lorsque nous savons que nous savons peu mais que nous sommes, que je suis, rien, ou alors bien peu, alors elle nous garde de bien des plaisirs. Le sommeil, l'espoir, la peur, l'amour nous sont inofencifs; ils se frottent à la nuance qui les jette à travers notre illusion-conscience sur l'autre, l'homme qui ignore son malheur et estime le notre à tort. Avec elle nous pourrons porter nos temps sur autre chose que lui, que la pantère vers qui nous nous penchons pour la satisfaire; nous tendons vers le haut et laissons apparaître quelques de nos faiblesses. Nous levons la tête, d'abord, ceux qui le peuvent - on ne choisit guère - se passe un temps enfin nous pouvons, si nous choisissons de ne plus craindre les puissants et clairs coups de la raison, ces courts éclairs venant en chanson, de ne plus rien vivre de ne plus rien sentir et pour ce - par celà - fermer les yeux. Elle ne se découvre pas, reste fine éparse, bien cachée; elle loge chez le mystère et ne peut se traiter par le biais de sa raison, par elle-même. Elle et la nuance, elle est la nuance elle l'est, et elle doit être pour guider. Guider bien des choses, bien des passions: celles que peu d'êtres peuvent atteindre et celles dont tous sont dotés. Avec elle nous mourrons, et c'est en celà qu'elle s'use, qu'elle ne peut point céder au vif pouvoir de réunir. Car elle est la frontière de tout, de nous de vous, et des autres. La frontière bouge, va et vient, par-ci, ailleurs, mais ne doit pas finir. Au delà de la nuance la raison se meurt car elle s'ignore, enfin elle est reniée par tout, pour tout et partout les choses approchent les pensées risquant ainsi d'abandonner les lois qui font des êtres ceux qui survivent et des choses se distinguer - et il le faut - en quelques traits, les valeurs s'effacent et nul ne peut laisser les traces que l'on suivra par instinct, un instant. Sans elle, les éléments volent et l'esprit s'oublie; avec elle, ils sont posés, forcés de ralentir les mouvements des morts sensés, et peuvent - longtemps témoigné - mentir aux hommes car ils le font d'eux-même et tant mieux, pour qu'ils fassent le travail et subissent le temps. Ce temps, et tout, voilà ce que nous pouvons assister, en haut les yeux fermés, et ainsi insister sur un si tû trait du cosmique Homme qui s'ennuie: nous sommes bien peu de choses. La nuance préserve de l'infini; le plein le vide se valent en poids et en torts, alors ils ne sont pour les autres, que pour eux comme par eux et comme eux, point. Il est simple à son travers de l'user dans un sens précis; celui-là n'est pas bon, pas de fait. Il faudra le vilain, il faudra le moche, il faudra le long. Au-dessus d'eux, de ces nuancés riens, le dominant se tient certes, dominé, mais il se fait et il meurt. Car le grand se meurt, car il est grand par la nuance bien qu'il ne se dise point bon.