Histoires Immorales - 16/01/10

 

la plupart des histoires que l'on nous raconte sont immorales. dans ces histoires, deux étapes narratives sont distinctes: la première, descriptive, consiste à dévoiler au spectateur l'existance d'un être fictif et du milieu dans lequel il est prisonnier, idéologiquement ou - et - physiquement; la seconde met en scène quelques péripécies de cet être qui le mèneront à se libérer en tout de son état initial. généralement, l'on suppose ce schéma moral car il prône par l'action, même fictive, la liberté absolue de l'homme; considérant le récit comme limité dans le temps, la libération théorique du héros est totale, universelle (dans le passif) et nette. le spectateur, s'il a suivi le récit avec intérêt, s'est logiquement identifié au personnage, suite à quoi il considère individuellement son état final comme moral, souhaitant, à sa place, avoir le même sort. ainsi, le spectateur qui se libère à son tour de l'histoire en est satisfait car bien heureux de la liberté qu'il en a tiré; qu'il ressent, qu'il croit personnellement tirer. pourtant, socialement cette personne n'a rien changé, ni rien gagné; rien obtenu. elle reste bien enfermée emprisonnée des systêmes qui régissent son existance en tant qu'individu, que sexe, main d'oeuvre, consommateur, élève, enseignant perpétuant les schémas de société qu'il subit. une grande partie du corps artistique internationnal, acteurs et intellectuels, tiendront pour argument que réside en celà la propre utilité de l'art et de son vassal le récit - toutes disciplines confondues - soit d'extirper le lecteur, auditeur ou spectateur de son quotidien, statut et individualité, pour le plonger dans l'immaginnaire, le fictif, le faux, et tenter de s'y épanouir, du moins du mieux qu'il pourra. la réponse est: que c'est un mécanisme vicieux. l'on tire le faux, le mieux, le bonheur irréel et le libre absolu sur des infinis de papier, de mots de voix et d'images qui s'imposent, qui sont imposés, alors que l'autre, inconnu, ne jouis d'aucune forme de ces bonnes choses. ce vice est immoral. immaginnons ensuite un récit honnête, pessimiste et las; plat. une histoire en deux étapes distinctes: la description du monde du héros et de sa personne; puis la survie de cet être dans ce monde qui l'obscurcie. comme dans toute société, dans tout systême et schéma humain, il est impossible à un individu ayant apparu en son sein d'y échapper; de le fuir physiquement et de s'y soustraire idéologiquement. alors, le spectateur assiste douloureusement à l'agonie fictive d'un comme lui qui ne peut rien; n'y peut rien; et ne sort de son malheur que patiemment et par la mort. pour faire court, c'est à peu près çà. non seulement l'individu témoin, s'il est un peu conscient de l'inévitable instinct de sa masse et des effets qui l'affectent personnellement, se reconnaîtra bien plus dans ce récit noir sadique mais plausible que dans l'autre histoire nocive alléchante et commerciale qui reste inaplicable, mais sera aussi inspiré à se battre contre les barreaux et ses chaînes qu'il ne sentait jamais autant serrer ses membres, avec une fougue plus vivasse et honnête qu'elle n'aurait été durant les cours élans révolutionnaires qui survennaient à sa routine d'exploité en un autre temps.

il me semble plus moral d'imposer un art qui concerne les hommes, pauvres tristes impuissants, que de les baisser au niais rêve impossible du récit heureux, puant l'espoir fugace. tout celà se tient pour moi, je reste cohérent; nul n'est capable d'un quelconque changement, d'une révolution, d'une liberté, et l'idéal d'une révolte plus puissante reste pour moi un las effort, une illusion de plus. je servirai la morale de l'art sans estimer les insoumis.

 

Nicolas LaCARrA