Les plus malheureux sont les pauvres gens conscients; les suivants sont les hommes de pouvoir - faut-il ajouter conscients? - encore doit-on mesurer la détresse et la solitude des hommes sous le lourd concept de bonheur. Ainsi, le bonheur des hommes s'observe en fonction de leur degrès de malheur; le concept en soi, celui-même qui nous gêne parce qu'il nous soumet à notre propre instinct, affamé d'avant et d'inconnu renouveau, c'est le malheur. Le Bonheur est l'opposé du Malheur, et non l'inverse. L'être malin ayant atteint les sommets du pouvoir, une fois triomphant mais abusé par sa richesse absolument nulle - alors désabusé par corrolaire - est saisi par un malheur bien plus profond et transcendant que celui du corps meurtri ou de la bourse vierge; dépassant même son état émotif il attaque son hôte au sein de sa force et de son talent - appellons-le de la sorte - le poussant à l'abandon total de son arme et de ce qui a fait de lui lui-même. Tout comme l'épreuve du raisonnement pour le philosophe, le conquérent, l'acteur ou le prêtre craint le bilan des efforts qu'il entreprend malgrès lui. L'homme de pouvoir à ces instants sans nul pouvoir, s'il possède une conscience certaine et suffisament entretenue, se résoud à délaisser sa foi ancienne, et garde pour lui sa force qu'il n'appliquera plus aux autres; autres sujets pour lui autrefois asujettis qui lui resteront en vain inférieurs.